Depuis le début de l'offensive démago-médiatique du "gouvernement", il est de bon ton de dénoncer l'opportunisme électoraliste de la droite en vue des présidentielles de 2012, la gauche bourgeoise des élus  jouant, comme d'habitude, à la vierge effarouchée sur le mode : "mon dieu, l'UMP singe le FN pour nous empêcher de revenir aux affaires, c'est indécent !" La vérité, comme très souvent, n'est pas dans la bouche des partis politiques.

 

En fait, l'UMP et Sarkozy en premier sont de minables larbins aux ordres de bailleurs de fonds qu'ils ont un peu de mal à dissimuler cet été avec les affaires Woerth. Ils ne font que le boulot pour lequel ils ont été rémunéré par le patronat , qui en veut pour son fric depuis 2007.  La criminalisation est un processus importé des USA qui consiste à créer et à amplifier les délits, notamment ceux qui permettent d'enfermer dans des oubliettes carcérales les catégories sociales les plus défavorisées, celles qui subiront l'exploitation économique, mais aussi de manière plus pernicieuse, toutes les oppositions idéologiques organisées.

 

Punir les pauvres, fabriquer des classes dangereuses pour focaliser l'attention de la classe laborieuse sur autre chose que ses conditions de travail et de vie... Le livre de Loïc Waquant paru en 2004 chez Agones : " Punir les pauvres. Le nouveau Gouvernement de l'insécurité sociale" l'expliquait parfaitement bien.

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 L’auteur et l’ouvrage 

Loïc Wacquant est chercheur au Centre de sociologie européenne et professeur de sociologie et d’anthropologie à la New School for social research et à l’Université de Californie-Berkeley. Né en France, il a étudié à Montpellier, Paris et Chicago. Il commença par se former en sciences économiques avant d’obtenir son doctorat en sociologie.

 

Loïc Wacquant s’intéresse particulièrement à l’inégalité et à la marginalité urbaine, à la domination ethnoraciale, aux établissements carcéraux et à la politique pénale comme instruments de gestion des groupes dépossédés et déshonorés, etc. Il est notamment l’auteur de Les prisons de la misère (Raison d’agir, 1999) et de Corps et âme. Carnets ethnographiques d’un apprenti boxeur (Agone, 2000).

 

Punir les pauvres se situe dans la continuité de la réflexion entreprise par l’auteur dans les deux ouvrages précités.  Toutefois, il s’inscrit dans une logique minoritaire par rapport à celle qui prime aujourd’hui à savoir celle d’une inquiétude grandissante, voire alarmiste,  face à l’insécurité. Alors que beaucoup prônent en France l’instauration d’une politique criminelle de la « tolérance zéro », Loïc Wacquant décortique cette dernière, ses causes et ses conséquences dans un pays où elle fut mise en place : les Etats-Unis d’Amérique. A cette occasion, il insiste sur la relation étroite qui lie la criminalité et son traitement à l’insécurité sociale qui se développe dans nos sociétés.

 

Résumé

 

Dans son ouvrage, Loïc Wacquant utilise le cas de l’Amérique pour démontrer sa thèse. Il articule sa réflexion en 4 grands mouvements : « Misère de l’État social », « Grandeur de l’Etat pénal », « Les cibles privilégiées » et enfin « Fac-similé européen ».

Il commence son propos par un point sur l’insécurité sociale grandissante et le surgissement sécuritaire, les mettant en relation. Le refus des excuses sociologiques à la criminalité et surtout les discours de plus en plus importants sur la responsabilité individuelle sont une illustration de la mutation de l’État social, charitable vers un État pénal et policier.

 

Mais comment expliquer cette transformation ? Loïc Wacquant commence par décrire la misère de l’État social. État qui, face à la dérégulation économique, la flexibilité du marché du travail, la précarité qui en résulte se replie, frappé d’ « impotence ». Ce repli s’effectue au profit de l’État pénal et policier au sein duquel la criminalisation de la marginalité et de la pauvreté fait office de politique sociale. L’auteur en veut pour preuve les coupes gigantesques que subissent les dépenses sociales (en 1975, 81% des chômeurs étaient indemnisés, ils sont seulement 1/3 aujourd’hui ; le bénéfice des aides sociales est limité à une durée maximale de 5 ans pour toute une vie ; le nombre de mères seules bénéficiant d’une allocation en 1975 a diminué de moitié en 1996…). La « loi sur le travail et la responsabilité individuelle » de 1996 a transformé le welfare en workfare, obligation de travail même précaire et disqualifié. Face à ce durcissement de la politique sociale et à la « misère de l’État social » se construit un État pénal et policier. Ses budgets sont, eux, multipliés. La population carcérale augmente de plus de 500% en 30 ans alors que la criminalité stagne ou baisse. Les prisons sont devenues la 4ème plus grande ville américaine et le 3ème employeur du pays. Pour l’auteur, « le logement social, c’est la prison ». Ce taux d’incarcération doit sa croissance à la mise en place de la « tolérance zéro » et de la « théorie de la vitre cassée ».

 

On note cependant que le système s’abat plus particulièrement sur une population pauvre. Quatre prisonniers sur cinq sont issus des catégories les plus défavorisées de la population. La moitié des personnes sont sans emploi au moment de leur incarcération, les 2/3 sont issus de familles vivant en dessous du seuil de pauvreté. En outre, 7 millions d’Américains, soit 1 habitant sur 20, sont sous contrôle judiciaire, un Noir sur 10 et un jeune Noir sur 3.  A ce propos, Loïc Wacquant  insiste sur la sur représentation des Noirs dans les prisons américaines dans le chapitre 6 intitulé « la prison comme substitut du ghetto ». Après l’esclavage, le système de Jim Crow (ensemble de codes sociaux et légaux mettant en place la ségrégation) et les ghettos, les Etats-Unis auraient peut être trouvé par ce biais la quatrième institution lui permettant de réguler, de surveiller mais aussi d’exploiter et d’ostraciser la population Noire.

 

La prison offre en conséquence de nombreux « avantages » : elle sert d’ « aspirateur social » pour « nettoyer les scories des transformations économiques en cours et faire disparaître de l’espace public les rebuts de la société de marché, petits délinquants d’occasion, chômeurs et indigents, sans-abri, toxicomanes, handicapés et malades mentaux laissés pour compte par le relâchement du filet de protection sanitaire et social, et jeunes d’origine populaire condamnés à une (sur)vie faite de débrouille et de rapine par la normalisation du salariat précaire ».

 

En outre, la privatisation du système carcéral en fait dorénavant un secteur économiquement rentable. 20 firmes se partagent 150000 détenus. Une technique inédite de rentabilisation de la misère est alors mise en place.

 

Enfin, Loïc Wacquant s’intéresse à un possible « fac-similé » européen et plus particulièrement français de cette évolution américaine. Il évoque alors les discours de plus en plus fréquents qui insistent sur la responsabilité individuelle, mais aussi les paroles du 1er ministre J.P. Raffarin qui rappelle la nécessité de « redonner aux Français le goût du travail » là où Bill Clinton disait vouloir « mettre fin au welfare comme way of life ». Mais c’est aussi les dernières lois en matières pénales qui interpellent l’auteur : les lois dites Perben I de 2002, (responsabilité pénale des enfants dès l’âge de 10 ans, création de centres éducatifs fermés), en 2003, les lois Sarkozy (création de délits de racolage passif, mendicité agressive, présence dans les halls d’immeubles), et enfin Perben II de 2004 (garde à vue prolongée, possibilité de poser micros et caméras...). Toutes ces mesures permettent de montrer la force de l’État et son utilité alors qu’il crie son impuissance dans le domaine social et économique.

 

A l’inverse, l’auteur montre à quel point tout lien causal entre l’incarcération et une baisse du taux de criminalité est aberrant. Il s’appuie à cet effet sur des recherches criminologiques. En fait, « le recourt réflexe à l’incarcération est un remède fait pour aggraver le mal même qu’il est censé guérir ». D’ailleurs les Etats-Unis remettent aujourd’hui en cause cette politique aux effets dévastateurs (l’ancien chef de la police de New York n’utilise plus la tolérance zéro).